Je suis...

Je suis une M.A.F.

Comprenez une « Mère au foyer ».

Depuis que je suis maman, ou plus exactement depuis que mon premier petit bout de chou a 3 mois, j’ai fait une découverte de taille : le monde des femmes n’est pas un, il est scindé en 2 univers parallèles, qui coexistent de part et d’autre d’une barrière aussi infranchissable que le mur de Berlin en son temps. Il n’y a pas un monde des mères. Il y a « le monde des mères qui travaillent », et le « monde des MAF ».

Bien sûr, ces 2 mondes semblent cohabiter en bonne intelligence, bien sûr, il semble possible de naviguer de l’un à l’autre. Mais la réalité est un peu différente.

Dans les faits, on en revient la plupart du temps à devoir choisir un camp, à devoir s’affirmer d’un monde ou de l’autre, à devoir défendre son choix, qui reflète évidemment certaines valeurs, réelles ou fantasmées.

En ce qui me concerne, le choix s’est fait avant même la conception de notre enfant. Il était entendu pour nous que je serais une « maman à la maison ». Ce choix a peut-être été facilité par le fait que je n’avais pas de « carrière », mais honnêtement, je ne pense pas que cela aurait pesé dans la balance.

Quelques mois après l’arrivée de bébé, la plupart des mères se trouve confrontée à l’inévitable question qui va l’assigner à l’un des 2 mondes. Cette question peut prendre diverses formes et être plus ou moins bienveillante. Clairement cela peut aller de : « Tu comptes rester à la maison? » à « Tu reprends quand le boulot, exactement? » en passant par « Tu vas retourner travailler? », ou encore « Tu vas l’élever toi-même? », voire « Tu ne vas pas arrêter de bosser, si?!? ».

Selon le cercle dans lequel on évolue, la réponse que nous fournissons est plus ou moins bien accueillie.

Peu importe la réponse, et mon avis sur la question.

Je trouve triste cette séparation. Je trouve triste ce clivage. Je trouve triste qu’il soit si difficile de pouvoir vivre son choix dans la sérénité.

Je trouve triste que des mamans « qui travaillent » puissent s’entendre dire, même de façon détournée, qu’elles sont des mamans « à temps partiel ». Je trouve triste qu’on sous-entende que les MAF sont donc des mamans « qui ne travaillent pas ».

Nous vivons dans une société où malheureusement un choix ne s’offre pas toujours, pour de multiples raisons. Plus triste encore, nous vivons dans une société où bien des femmes ne savent même pas qu’un choix est possible.

J’ai encore dans les oreilles cette réponse assénée face à ma condition de MAF fraîchement installée en Île-de-France : « Ah, mais aujourd’hui, on est obligé de travailler! ». Comme souvent, je n’ai su que répondre par un sourire poli (mais crispé, j’imagine).

Eh bien non, on n’est pas obligé. On peut choisir, certes pas toujours, mais souvent.

Ceci dit, il est facile, une fois notre choix posé, de juger celles qui vivent, même temporairement, dans l’autre monde. C’est logique, en parent sain, on pense d’abord à ce qui est bon pour nos enfants. Le souci, c’est que nous n’avons pas tous les mêmes critères de décision, et nous l’oublions facilement. Celle qui s’épanouit dans son job et trouve important de montrer cette facette de sa personnalité à ses enfants n’a pas à juger celle qui pense qu’être disponible 24 heures sur 24 est sa façon à elle d’être une bonne mère.

Voici quelques uns des éléments qui ont guidé notre choix:

- le souci d’être là, disponible

- l’idée que nos enfants nous sont confiés à nous, et que notre responsabilité est de les élever et de les éduquer nous-mêmes

- le fait que cela permette une vie plus « saine »: j’ai le temps de cuisiner, d’emmener les enfants jouer ou se promener

Et quelques éléments qui nous confortent aujourd’hui dans ce choix:

- notre vie « simple » nous convient, et nous pensons que cela permettra à nos enfants de connaître la valeur des choses, et à vivre eux aussi simplement, en se sentant bien dans cette simplicité

- j’aime profondément passer du temps avec les enfants, les voir grandir, jouer, rire, évoluer

- je suis heureuse d’avoir assisté à toutes leurs premières fois

- nos enfants grandissent bien : ils sont équilibrés, sécurisés

- ce choix nous permet de pratiquer l’IEF (instruction en famille), ce qui est un point capital pour nous aujourd’hui

Alors voilà, j’ai choisi mon monde, celui des MAF, sans savoir exactement à quoi je m’engageais, pour quoi je signais. Je ne savais pas que j’allais devoir convaincre, rassurer, rectifier, me défendre.

Je ne regrette pas mon choix, je suis heureuse de la grâce qui m’est faite de pouvoir vivre ce choix.

Il est parfois question de verser un salaire aux MAF, de leur reconnaître un statut, de leur accorder une retraite. L’idée paraît séduisante. Mais plus j’y réfléchis et moins j’y adhère. « MAF », c’est un état, pas un statut ni un métier.

Nous n’avons pas été formées (quelle formation pourrait nous préparer à ça, honnêtement???), nous n’avons pas été engagées, nous n’avons pas d’horaires, pas de vacances, pas de pauses syndicales, pas de nombres de trimestres à atteindre. Pas de retraite, nous serons mamans toute notre vie. Et plus important: nous ne pouvons pas être licenciées, remplacées dans notre statut. D’autres peuvent assurer nos fonctions, mais une fois « maman », nous le sommes pour toujours. Aucune autre ne peut être véritablement la maman de notre enfant. Et je ne pense pas que j’accepterais un « salaire » pour faire ce que je suis de toute façon censée faire. Je trouve qu’il y a un côté malsain à se dire qu’on peut inciter une femme à prendre soin de son enfant en agitant un chèque. Soyons clairs: toute femme normale prend soin de son enfant parce qu’elle est sa mère. Le reste est affaire de choix, de valeurs, d’éducation, parfois de croyances erronées, mais qui peut penser que les femmes qui travaillent préfèrent gagner de l’argent que de s’occuper de leur enfant?

J’ai été élevée par une mère célibataire qui n’avait d’autre choix que de travailler pour nous faire vivre. Une mère qui aimait son métier, sincèrement. Une mère qui rêvait pourtant enfant et adolescente d’être mère au foyer. Je savoure d’autant plus ma situation.

Je suis une MAF, et j’espère pouvoir le rester. Mon « travail », ce n’est pas d’élever nos enfants, ça, c’est mon rôle, ma mission.

Mon travail, c’est de m’occuper de la maison. Ce n’est pas un travail que j’aime particulièrement, je n’ai pas d’affection spéciale pour le ménage ou le rangement. Mais c’est mon travail, et je le fais du mieux que je peux. Je ne vous cache pas que si je pouvais payer quelqu’un pour faire ce travail à ma place, je n’hésiterais pas une seconde!

Mais puisque nous n’en avons pas les moyens, j’essaie de faire de ce travail une contribution au bien familial. J’essaie de valoriser cet aspect de ma vie. Comment?

Tout d’abord en adoptant le point de vue de mon mari sur l’intérêt d’un foyer accueillant. Mon travail est en partie de donner un cadre agréable à notre famille, à nos activités.

En essayant ensuite de contribuer à la gestion des ressources et du budget. Ne pas gâcher, économiser, réparer, entretenir, bricoler, redonner vie, améliorer, embellir. C’est ma façon d’apporter de la « richesse », d’ajouter de la valeur, ou en tout cas de ne pas en dilapider.

Enfin, j’essaie de faire ce travail avec mon coeur. Cela passe par le fait de ne pas râler à tout bout de champ, par le fait de mettre ce que j’ai de meilleur au service de ce travail, d’essayer de m’améliorer quand c’est possible (ou nécessaire!). Et j’essaie d’être reconnaissante, simplement, d’avoir la possibilité de faire ce travail. Il est facile d’être heureuse de voir ses enfants grandir, de partager du temps avec eux, il est moins aisé d’être pleine de gratitude d’avoir pu faire la vaisselle ou du repassage pendant 2 heures (oui, j’ai du mal à m’y mettre). Je reviendrai sur cette notion de reconnaissance dans un autre billet.

Pour résumer, MAF, oui, mais aussi TAM (travailleuse à la maison), ce qui est le cas de bien des « mamans qui travaillent à l’extérieur ». Chapeau à elles, je ne sais pas où elles vont chercher toute cette énergie!

 

 

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