Asperger, Je n'aime pas, Quotidien

Je n’aime pas les transitions

Ce ne sera sans doute pas une surprise pour vous : les autistes n’aiment pas le changement.

Ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt « plan-plan » : je n’aime pas spécialement la nouveauté, j’aime être en terrain connu, avec des personnes connues, manger des aliments connus…

Mais parfois, je surprends mon monde : je prends une décision radicale de façon assez soudaine. Je décide sur un coup de tête apparent de signer pour louer un appartement, j’effectue un gros achat sans réfléchir pendant 3 semaines, je laisse tomber une occupation du jour au lendemain, je m’engage à me marier après quelques jours partagés à peine.

A vrai dire, moi, ça ne me surprend pas, parce que je ne me considère pas comme « plan-plan ». D’ailleurs, des personnes qui m’auraient connue plus jeune et m’aurait perdue de vue trouveraient que je suis devenue une vieille pantouflarde.

Mais je n’ai pas changé. J’ai toujours été comme ça. Je suis prudente, je n’aime pas me tromper, donc en général, je réfléchis soigneusement avant de prendre une décision ou de faire un choix. Par ailleurs, les nouveautés me fatiguent, car elles demandent beaucoup d’adaptation. Ce qui explique que je les évite, surtout avec ma vie actuelle, qui me demande déjà pas mal d’énergie.

Comment expliquer mes coups de tête, alors ? Comment expliquer mon goût pour les choses qui vont vite?

C’est très simple : ce que je déteste, ce n’est pas à proprement parler le changement. Le changement peut être bénéfique, agréable. Si la décision vient de moi ou qu’elle répond à un besoin, à une envie, je peux être très heureuse d’un changement.

Ce que je déteste, en fait, ce sont les transitions. Les moments de flottement où une chose n’est pas tout à fait finie, ou pas vraiment commencée. Les instants suspendus où l’on ne sait pas à quoi s’en tenir.

Quelques exemples en vrac :

  • je déteste être mouillée « un peu ». Quand je donne la douche ou le bain aux enfants, recevoir quelques gouttes sur le bras ou les pieds m’est insupportable. Pourtant, j’aime l’eau. Mais ce n’est pas le moment, je ne suis pas censée être mouillée, et ça me dérange.
  • je déteste la sensation que je ressens sur ma peau quand je suis en train de m’habiller ou de me déshabiller, un peu trop chaud à un endroit encore couvert, un peu trop frais à l’endroit déjà découvert, le manque d’unité dans la sensation… Vous imaginez le calvaire dans les cabines d’essayage !
  • la simple idée d’un déménagement est une souffrance, par tout ce qu’elle implique, mais en grande partie par le fait que pendant un temps plus ou moins long, mon « chez-moi » si précieux n’est plus vraiment mon endroit, je sais qu’il ne va plus l’être, et je ne sais pas encore comment je vais investir le nouvel endroit.
  • pendant très longtemps, le fait de recevoir des bribes d’information sur un livre à lire ou en cours de lecture, sur un film pas encore vu, sur un match déjà joué, mais pas encore visionné, pouvait me mettre dans un état très désagréable, proche de crise de nerfs. J’ai cru jusque très récemment que c’était simplement une question de frustration, mais je pense aujourd’hui que l’état de transition involontaire dans lequel on me mettait est aussi une explication à ce malaise.
  • j’ai du mal à attendre une réponse. Parce que tant que je ne sais pas, tout reste possible, et est envisagé pour que je ne sois pas prise de cours. En gros, toute possibilité ouvre un tiroir, et tant que je n’ai pas de réponse fiable, le tiroir reste ouvert. Je préfère mille fois avoir un plan précis et devoir le modifier, que de partir à l’aventure sans rien avoir prévu.

L’idée est donc que le changement peut être plus ou moins facile (notamment selon la personne qui en décide), mais que la phase de transition sera a priori compliquée, même pour une décision prise par la personne elle-même, ou qui lui apportera du positif.

Parce qu’il faut retrouver des marques, des repères, de la sécurité, de nouveaux rituels. Parce qu’il faut comprendre les nouvelles règles, savoir à quoi on peut ou pas se raccrocher. Et tout cela (nous en revenons toujours au même souci) demande de l’énergie, beaucoup d’énergie. Sans oublier l’anxiété que cela provoque.

Les transitions, les moments d’attente, les « flous artistiques », sont autant de brumes où je peux facilement me perdre. Ne pas savoir, ne pas pouvoir anticiper, ne pas avoir de certitude est extrêmement coûteux. De même, devoir laisser quelque chose en plan, ou me trouver « en cours » de quelque chose malgré moi, m’est réellement inconfortable.

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Je voudrais souligner à quel point le fait de discuter de cet état de fait avec d’autres autistes a été bénéfique pour moi, et m’a aidée à mettre le doigt sur ce qui me dérangeait dans des situations qui peuvent paraître sans lien entre elles, mais qui avec le recul ont toutes à voir avec cette idée de transition difficile.

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