Je suis...

Je suis une guerrière

Ma vie est un combat.

Ma vie d’enfant, d’ado, de jeune adulte, a été un parcours compliqué et délicat, qui m’a laissée vers la vingtaine dans un état de profonde dépression. L’idée principale de cette période était que j’en avais assez de me battre sans cesse.

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Sortie du bourbier dépressif, j’ai tenté de changer suffisamment de choses dans ma vie pour ne plus y replonger. Mais force était de constater que le combat continuait, qu’il semblait même s’intensifier à mesure que de nouveaux défis se présentaient : vivre seule, gérer mon budget, finir mes études, trouver du travail, avoir une vie sentimentale saine. Tout était (ou paraissait) une épreuve insurmontable, ce qui était d’autant plus mystérieux pour moi que tout le monde semblait s’en sortir mieux que moi, et d’autant plus incompréhensible pour mon entourage qui voyait en moi une personne intelligente, volontaire et sensée, qui avait tout pour « réussir ».

Au prix de gros efforts, et avec des soutiens précieux, j’ai finalement réussi à construire une vie qui ressemblait plus ou moins à ce dont je rêvais.

Pourtant, chaque jour, je continue à me battre, et cette phrase sournoise – « J’en ai assez de me battre sans cesse » – pourrait toujours constituer l’enseigne de mon petit salon de la déprime.

Ma vie est plutôt réussie. J’ai des diplômes, des amis, un mari, des enfants, une vie de femme au foyer qui me convient, des occupations qui me correspondent pour la plupart. Pourtant, j’ai l’impression chaque jour, au lieu de couler des jours paisibles et de pouvoir sereinement profiter de cette vie, que je dois descendre dans l’arène et me battre sans relâche. Contre tout un tas de choses.

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Tout ou presque est difficile et fatigant. Je ne le dis pas pour me plaindre, je le constate, c’est tout. Me lever après une nuit où j’ai mal dormi (ce qui arrive la plupart du temps), pour prendre en charge mes trois enfants (aider le petit à aller aux WC, préparer le petit déjeuner tout en regardant le livre qu’ils veulent absolument me montrer), ouvrir les volets, mettre la table, assister au petit déjeuner, débarrasser et nettoyer, passer l’aspirateur, dispenser l’enseignement, faire un peu de ménage, préparer le repas, assister au repas, débarrasser, faire la vaisselle, coucher les deux petits, passer une partie du temps calme à préparer les cours de l’après-midi ou du lendemain, aider le grand avec ses leçons et exercices, préparer le goûter, sortir un peu les enfants, rentrer pour donner la douche à chacun, ranger un peu, étendre le linge, préparer le repas, assister au repas, être à l’écoute pour mon mari après sa journée de travail, mettre les enfants en pyjama, leur brosser les dents, accompagner le petit aux WC, coucher les enfants… Toutes ces tâches routinières qui devraient être automatiques et anodines me demandent une grande concentration, des efforts physiques et psychologiques, ne serait-ce que pour ne rien oublier.

Et ça, c’est quand tout se passe bien.

Parce que, toute mère de famille vous le dira, dans les faits, la journée est émaillée de petites ou grosses surprises, souvent assez pénibles et qui viennent semer la pagaille dans ce semblant d’organisation. C’est ce qui fait qu’on ne meurt pas d’ennui au bout d’une semaine, me direz-vous. Je vous répondrai : « C’est ce qui m’a menée au burn out ».

Pour ne rien oublier et me libérer un tant soit peu l’esprit, j’essaie d’avoir une journée très structurée et organisée. Or, si cela est possible lorsqu’on est célibataire, ou qu’on a un travail qui le permet, avec des enfants, rien n’est jamais « comme prévu ». L’un est malade durant la nuit, le petit mouille son lit et a besoin d’une douche et qu’on change ses draps dès le lever, on remarque que le grand tousse beaucoup et on s’inquiète, les fruits prévus pour le petit déjeuner sont en fait trop mûrs, ou pas assez, on casse une verre pendant la vaisselle, l’un des enfants refuse de travailler lors du temps d’école, l’imprimante refuse de fonctionner, le téléphone sonne, le petit se relève cinq fois au lieu de faire la sieste, vous devez régler une tâche administrative, il y a foule au parc, ou trop de vent, ou trop de soleil, il y a une dispute pour savoir qui prendra sa douche en premier, votre mari rentre plus tard que prévu, ou il est agacé par une journée difficile, le repas du soir n’a aucun succès, les enfants se chamaillent parce qu’ils sont fatigués, votre fille pleure parce qu’elle veut une seconde histoire, vous mettez 1h45 à réussir à ce que chaque enfant soit couché dans son lit, et endormi… C’est le train-train habituel, quoi.

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Mais pour moi, chaque petit grain de sable dans le système est un rocher géant catapulté directement sur la muraille branlante que constitue mon emploi du temps. Chaque événement imprévisible est une mini-catastrophe. Je fais face tant que je peux, ça peut se passer correctement si j’ai assez dormi, ou si les surprises ne sont pas trop nombreuses. Mais c’est au prix d’une grosse dépense d’énergie. Et quand il n’y a plus d’énergie… eh bien, soit je peux passer la main, à mon mari, par exemple, soit je n’ai plus qu’à tenter de limiter les dégâts en me facilitant la vie au maximum (donner un goûter tout prêt au lieu de le préparer moi-même, reporter les leçons au lendemain, faire des pâtes pour le repas au lieu du plat un tout petit plus élaboré que j’avais prévu, expliquer aux enfants qu’on n’ira pas dehors aujourd’hui, m’excuser et sortir de table pour ne pas devoir assister au repas, attendre que mon mari rentre pour lui demander de faire la vaisselle et d’étendre le linge, me dire que je nettoierai les vitres ou les sols une autre fois, ne pas répondre au téléphone, attendre qu’on vienne me relayer).

Parce que je sais que si je continue à faire des efforts au-delà de mes limites, je cours au désastre. Je deviens irritable, brusque, impulsive, désagréable, et ça finit généralement en cris, pleurs, bref, un bel effondrement qui débouche invariablement sur de l’épuisement supplémentaire et une bonne grosse culpabilité.

Comprenons-nous bien : je ne cherche pas à me faire plaindre. Je réclame simplement le droit de dire à quel point c’est difficile et fatigant. Et le droit qu’on ne vienne surtout pas me répondre « Mais tu sais, c’est dur pour tout le monde, on est toutes fatiguées ! », avec un sourire mi-compatissant mi-méprisant.

La différence est pourtant de taille : je suis épuisée en permanence, c’est vraiment handicapant au quotidien, car je dois sans arrêt choisir ce que je vais faire ou laisser de côté. Je ne peux pas être partout, et j’ai besoin de conserver toujours quelques forces en réserve pour les imprévus. Donc je dois me ménager un peu, histoire de ne pas m’effondrer au moindre petit chaos sur la route.

Je dois prévoir, tout prévoir, tout planifier, pour pouvoir équilibrer mon budget énergétique (j’y reviendrai dans un prochain article).

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Malgré mes précautions, étant donné que je me connais encore assez mal, je reste très fatiguée de façon chronique. De même que certaines personnes doivent vivre avec une douleur incessante, je vis avec ma fatigue. La bonne nouvelle, c’est que je sais aujourd’hui que cette fatigue est une réalité, et pas une vue de l’esprit ou une coquetterie. Reste à l’apprivoiser.

Toujours est-il que chaque jour, je vais au bout de moi-même, chaque jour je touche mes limites, en parvenant parfois à les repousser sans pour autant m’effondrer (ça reste l’exception). Chaque jour je fais des efforts colossaux, je ne m’autorise que (trop ?) rarement de pause ou d’aménagements « de confort ».

C’est sans doute ce qui explique que je prends très mal le fait qu’on me demande de faire un effort. Parce que les efforts, j’en fais, j’en fais des montagnes, et quand je dis que je n’en peux plus, ce n’est pas une formule de bourgeoise lassée de faire les boutiques sur des talons hauts. C’est le constat d’une personne qui a tout donné, et qui a besoin (un besoin vital) de se poser. Pour mieux se relever.

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Sur la fatigabilité, et les choix nécessaires au quotidien, je vous recommande l’excellente vidéo de Superpépette sur Youtube, ici. ;) (attention, bruits de cuillères ;) ).

Et sur le même thème, la fameuse « théorie des cuillères », la version de Margot du blog « Vivre avec », dont la vidéo est ici.

Sur la fatigue au quotidien, vous pouvez aller lire cet article sur le blog « The Blue Wolrd ».

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