Je ne suis pas..., Quotidien

Je ne suis pas une blogueuse efficace

Voilà, j’étais, tôt ce matin, pleine d’entrain pour reprendre ma plume (le clavier, c’est pratique, mais moins romanesque). J’avais mes idées en tête, la structure de l’article, le titre, et puis… un des plus grands obstacles à ma productivité en tant que blogueuse s’est réveillé et m’a réclamée. Il mesure 83,5 cm, il a 23 mois. et puisqu’il est en sécurité dans les bras de son papa, je peux m’autoriser à rédiger tout de même cet article dont le but est d’expliquer (en premier lieu à moi-même) pourquoi, alors que j’aime tant écrire, que c’est un de mes plus urgents besoins et une de mes plus précieuses manières de me ressourcer, je suis dans l’incapacité de m’y tenir (voire de m’y mettre).

 

Cause n°1 : le manque de temps

C’est très prosaïque, ça fait moins poète maudit que l’angoisse de la page blanche, mais c’est la réalité : avec quatre enfants, une maison (où nous venons d’emménager – je vous passe les détails du débordement que constitue un déménagement pour moi), un mari, l’instruction en famille, les activités toutes nouvelles toutes belles des enfants (et l’emploi du temps bousculé, les trajets en bus…), l’implication dans notre église, les journées filent à toute allure.

clock-918824_1920

Je n’ai que rarement le temps de me poser, et en général, quand je peux le faire, soit il est déjà tard et je m’endors, soit j’en profite pour rattraper mon retard sur le courrier, lire tel mail hyper important auquel j’ai promis de répondre très vite il y a déjà 3 semaines, finir de rédiger la fiche de géographie du grand ou l’aide-mémoire en maths de la moyenne ou la fiche d’observation-nature du petit, donner le sein au tout-petit en espérant qu’il s’endorme, répondre à ce sms hyper urgent en stand-by depuis 3 jours, avancer la lecture de cet article si intéressant sur lequel il faudrait vraiment que j’écrive un article (ou une série, pourquoi pas, c’est bien, les séries), faire la liste des gens à qui il faut envoyer nos vœux, faire une recherche pour trouver des pyjamas chauds pour les enfants (mais pas chers, mais qui ne grattent pas, mais qui sont jolis quand même), finir d’écouter cette vidéo (oui, j’écoute les vidéos, je ne les regarde pas, enfin, pas souvent, parce que la plupart du temps je fais autre chose en même temps, comme vous pouvez vous en rendre compte) de conférence sur les sauropodes/les invasions barbares/l’art roman/les exoplanètes pour savoir si ça peut intéresser l’un ou l’autre des enfants… Je m’arrête là, vous avez compris. ;)

Ecrire est un luxe, un luxe qui relève du besoin vital, pour moi, mais un luxe tout de même, et je ne peux en général pas me l’offrir. A moins, comme ce matin, de me réveiller (par erreur) très tôt (il faudra que je fasse un article sur les insomnies), avant tout le monde, et d’en profiter. A moins de ressentir une telle urgence à écrire que je laisse de côté les mails, les pyjamas, les conférences pour répondre à ce besoin.

C’est le cas ces jours-ci. Lorsque je me sens vraiment mal, triste, submergée, il y a fort à parier que je n’ai pas eu l’occasion d’écrire depuis longtemps. Et quand je prends le temps de le faire (bravant la culpabilité de m’offrir cet espace rien-qu’à-moi alors que j’ai tant à faire pour être une épouse/une mère/une pédagogue tout juste acceptable), cela me fait un bien fou.

 

Cause n°2 : le manque d’énergie

Comme dit plus haut, le soir, je tombe vite de sommeil. J’épuise mon capital chaque jour dans un tas de choses qui vous sembleraient sans doute insignifiantes en terme de dépense d’énergie (tenir plus ou moins les horaires, passer l’aspirateur, rester patiente devant les cris de Petit Dernier, prendre le bus, discuter 5 minutes avec la dame si gentille de la bibliothèque, réfléchir à un moyen d’aider telle ou telle personne sur telle ou telle tâche, entrer chez le marchands de journaux pour demander des tickets de bus, trouver les mots appropriés pour répondre à un mail, donner la douche aux enfants…). Je ne parle même pas des jours fastes où on fait les courses ou reçoit quelqu’un à la maison. :p

J’imagine que vous connaissez bien cette métaphore des « cuillères » dont on entend beaucoup parler dans le monde de l’autisme, mais aussi à propos des maladies chroniques. Je résume : chaque personne se lève le matin avec un stock d’énergie (représenté par des cuillères), et chaque tâche, chaque événement va lui « coûter » ou lui procurer une ou plusieurs cuillères. Ce qui en ressort, pour les autistes, c’est qu’on commence souvent la journée avec moins de cuillères/d’énergie que les autres (à cause des mauvaises nuits ou des besoins de récupération très longs), et que la moindre chose va nous coûter beaucoup de cuillères/d’énergie (faire face au bruit dans les transports en commun, interagir avec un inconnu, se rendre dans un lieu stressant, supporter les lumières dans les magasins, tenir une conversation, téléphoner, faire face à un changement imprévu…). Pour ceux d’entre vous qui se demandent pourquoi des cuillères (ou qui trouvent que mon explication n’est pas très claire), je vous invite à regarder ces 2 vidéos : celle de la chaîne Vivre avec (clic) et celle de Julie Dachez, appliquée à l’autisme (clic). Et pour développer, celle-ci est chouette aussi : clic.

break-1736072_1280

Donc : l’énergie me manque, et même si paradoxalement écrire me ressource, cette activité de demande tout de même de l’énergie (ne serait-ce que parce que bien écrire demande du calme, donc souvent de s’y mettre le matin ou le soir, et donc de rogner sur le temps de sommeil, mais aussi parce que bien choisir mes mots, me relire, chercher des images, des liens, des sources monopolise mon attention et absorbe une part d’énergie). C’est donc un investissement, qui exige un petit capital au départ…

 

Cause n°3 : le « bon moment » est passé

L’envie d’écrire sur tel aspect de l’actualité, sur tel détail de mon quotidien, sur tel article est victime des deux premières causes de difficultés. Soyons honnête, un blog demande à être rattaché un tant soit peu à la « vraie vie ». Je ne me vois pas vous livrer un article sur le défi de la socialisation lors des fêtes de fin d’année en plein mois d’août. Parfois, je ne peux pas écrire, et une fois que j’ai le temps de le faire, le sujet a été épuisé, ou il n’est plus d’actualité.

toys-4614030_1920

 

Cause n°4 : la motivation s’est évanouie

C’est en lien avec la cause précédente : si je ressens l’envie, le besoin d’écrire sur un sujet, c’est qu’il me touche, que cela bouillonne, que j’ai quelque chose à sortir du sac.

Le problème, c’est que bien souvent, je ne vais pas pouvoir me mettre à écrire sur le champ (parce que ça ne se fait pas de prendre des notes lors d’un dîner pour bien fixer comment on se sent, le malaise ressenti, ou l’excitation, parce que je suis dans le bus, occupée à me tenir pour ne pas tomber, parce que j’ai les mains dans l’eau de vaisselle, etc). Alors mon cerveau commence à rédiger. Je concocte ainsi parfois des pages entières, tout un article. Je peaufine mes tournures, mes métaphores, je trouve des anecdotes, des angles d’analyse, tout est tout beau tout propre… et du coup l’intérêt « thérapeutique » de l’écriture (qui fait une bonne part du moteur d’un blog) s’est envolé. J’ai géré la situation, je l’ai comprise, je peux la ranger, et je n’ai plus le besoin pressant d’y revenir.

 

Cause n°5 : je m’éparpille facilement

Comme vous avez pu le remarquer en lisant cet article, je fais souvent 12 trucs à la fois, tout en réfléchissant en tâche de fond à 8 autres choses.

aa4366b87fa6e3a77a3b21d19679e7f7

Voilà, mon cerveau c’est ça. En permanence.

Alors parfois, j’avoue, il m’est difficile de me poser pour m’absorber dans l’écriture, ou la lecture, ou une vraie conversation. Il me faut un peu d’énergie en réserve, du calme autour, et que je puisse laisser comme je le disais plus haut la culpabilité de côté (parfois, c’est facile : si un ami a besoin de mon écoute attentive pour un problème grave, par exemple, mais souvent, surtout s’il s’agit « juste » de prendre du temps pour moi, j’opte pour ce que je dois faire plutôt que pour ce qui me fait du bien – et je sais que c’est stupide, parce que si je vais mal, je ne peux pas prendre soin de autres, etc, je SAIS tout ça, mais je ressens tout de même de la culpabilité).

 

Cause n°6 : j’attends (trop) le bon moment

C’est à la fois le corollaire et une conséquence de plusieurs des points déjà abordés. Pour écrire, activité que je respecte, que je prends très au sérieux, j’attends les bonnes conditions. Je ne veux pas être interrompue, dérangée par le bruit, obligée de laisser une phrase en plan, je veux pouvoir aller au bout de mon idée, ne pas perdre le fil, éviter les répétitions et dire clairement les choses. Pour cela, j’attends de pouvoir me plonger dans cette activité, toute entière. Ce qui est rarement possible avec 4 enfants dans la maison, il faut bien l’avouer (et dans un appartement, c’est encore moins réaliste !).

L’écriture n’est pas la seule activité qui trinque. J’attends le bon moment pour tout ce qui me paraît vraiment important. Parce que je veux que ce soit bien fait, prendre le temps qu’il faut, ne pas bâcler.

coffee-2242267_1920

C’est ainsi que je reporte parfois pendant des semaines, des mois, voire des années, des choses qui me tiennent à cœur. Plus elles sont importantes à mes yeux, plus je les reporte, histoire d’être certaine de pouvoir leur accorder tout le temps et l’attention qu’elles méritent. C’est l’inverse de la procrastination : j’ai tout en tête, et je le reporte non pas pour le faire dans l’urgence et sous pression, mais dans la sérénité et avec tout le soin requis.

Plusieurs de mes ami(e)s n’ont pas encore reçu la lettre que je leur destine (voire que je leur promets) depuis des mois. La petite couverture de naissance de Petit-Dernier (qui je le rappelle va avoir 2 ans) n’est toujours pas finie (la partie tricot est faite, il ne reste qu’à coudre la doublure, le tissu a été choisi et acheté avec amour). Je n’ai pas fait imprimer les photos avec lesquelles je voudrais confectionner un album de souvenirs à mon grand pour ses 10 ans (il a fêté ses 11 ans en septembre dernier). Je n’ai pas commencé à installer mes décorations de Noël (nous sommes le 21 décembre). Je n’ai pas encore pris rendez-vous pour ma rééducation du périnée (vous ai-je dit que mon accouchement remonte à 2 ans ? :p ).

drinking-2293892_1920

 

Voilà, toutes ces raisons mises bout à bout, ou les unes sur les autres, expliquent pourquoi je suis une mauvaise blogueuse, une maman débordée, une bien piètre amie. Pourtant, ce sont ces choses que je laisse de côté qui me sont les plus chères. Je ne vais pas vous dire que ce sera ma résolution pour 2020 : cesser de reporter ce qui me tiens à cœur, me consacrer du temps, revoir mes priorités. Tout simplement parce que cela fait des années que j’en ai conscience, et que je ne sais pas comment changer ça.

Alors de temps en temps, je planifie un peu mieux les choses, je me donne un ultimatum, ou je m’autorise une petite parenthèse. Parfois, les astres sont alignés, et je peux, comme ce matin, profiter du calme de la maison et du sommeil de ma petite famille pour passer un long moment à écrire sans avoir l’impression de délaisser mon travail ou de voler du temps à mes enfants ou mon mari.

Je sais que dans un autre temps, une autre dynamique, je retrouverai plus de temps et d’énergie, qui me permettront de renouer avec mes longs moments de lecture et d’écriture. Plus tard, quand les enfants seront grands, qu’ils auront moins besoin de ma présence.

Je ne suis pas triste de ce temps qui manque. La seule chose qui me chiffonne en fait c’est que le manque de cette activité joue sur mon moral, sur mon humeur. Je sais que je vais devoir me ménager des bulles pour lire et écrire, parce que c’est une part importante de mon carburant. Je ne fonctionne pas bien sans cela.

Je m’y penche.

Et j’entends mes enfants qui se lèvent…

stair-climb-3855_1920

 

P.S. : cette dernière phrase peut sembler triste, résignée, plaintive. Elle ne l’est pas. Je suis en possession de pas mal de cuillères, ce matin, grâce à ce temps d’écriture.

Au contraire, cette phrase, c’est un sourire. Ils sont là, je les aime, et même si toute mon énergie y passe, ils sont un merveilleux cadeau. Une invitation à la gratitude. Un joli rappel que tout ça vaut le coup. Et leur présence, ma volonté de bien faire pour eux, c’est cela, finalement, qui va me pousser à repenser mon emploi du temps pour pouvoir y inclure un peu plus de ce qui me permet d’avancer et de le faire dans la joie.

Mots-clefs :, ,

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Habitualinvasio47 |
Parclashofclans |
Smilesoga |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Laviedesmammiferes
| Strange's Story
| Lesconseillenasrine