Invisible, J'ai

J’ai craqué (2)

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Un second article pour explorer un peu les suites du meltdown… Comme je le disais, c’est un effondrement énorme, très coûteux en énergie, et qui laisse des traces.

De la même façon qu’il faut une période de convalescence après un traumatisme physique, il va falloir un temps, plus ou moins long, pour se remettre d’un meltdown.

Chez moi, il y a une phase de shutdown léger qui suit toujours le meltdown. Un moment où j’ai besoin de me débarrasser de tout ce qui pèse, de tout ce qui pourrait en fait déclencher un nouveau meltdown. Parce que durant quelques heures (voire un jour ou deux), je suis comme sur le fil, au bord du gouffre, et un rien pourrait m’y faire replonger. Depuis que je suis sous traitement, je ressens beaucoup moins ce risque d’exploser à nouveau (d’ailleurs, il y a aussi beaucoup moins de shutdowns et de meltdowns). Mais je me sens « fragile », et je sens que je dois me protéger.

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Je ressens aussi très fortement que je dois prendre soin de moi dans ces moments. Prendre soin de moi, concrètement, ce serait passer la journée au calme, avec un livre, pas d’horaires, pas de sollicitations. C’est très personnel, la façon de sortir de cet état, chacun(e) a ses trucs, ses besoins… Mais il faut se chouchouter. On en a besoin.

Et c’est là que ça coince.

Parce que, pour tout un tas de raisons, c’est impossible. Ou en tout cas extrêmement difficile. Pourquoi ?

Première raison : je ne vis pas seule. Je suis épouse, et maman, et je ne peux pas m’isoler ou me décharger comme je le voudrais, comme j’en aurais besoin. Je dois m’occuper de mes enfants, si je suis seule avec eux, je dois assurer le minimum pour eux, leur donner à manger, être présente, parler. Ça a l’air bête, mais oui, même parler est coûteux dans ces moments-là.

Deuxième raison : je ne sais pas exactement comment prendre soin de moi. Il y a encore beaucoup de choses que je n’ai pas identifiées comme problématiques. Beaucoup de situations où je me fais violence, où je tire trop sur la corde, sans voir que je devrais m’arrêter, me préserver. J’apprends à me connaître, mais ça prend du temps, surtout quand on n’a pas appris à le faire.

Troisième raison : mon autisme est très peu visible. Alors c’est très compliqué de faire comprendre à mon entourage que j’ai besoin de m’isoler, de ne pas parler, de me reposer. Ces besoins sont souvent respectés dans des situations particulières. Mon mari sait qu’après une journée à voir du monde je vais avoir besoin d’une soirée calme, mais il « oublie » vite les efforts que je fais au quotidien. Pas parce qu’il est insensible ou obtus, mais tout simplement parce que ça ne se voit pas. Moi même j’oublie souvent les efforts que fait notre fils, parce qu’il s’adapte bien, il est capable de fournir les efforts nécessaires dans tant de situations que j’oublie à quel point c’est coûteux pour lui.

Et mon mari oublie que c’est coûteux pour moi. Je vais vous décrire, pour information, ce qu’a été ma soirée d’hier. Une fois sortie de ma salle de bains, après mon meltdown (je me suis fait violence pour revenir dans la salle à manger, avec tout le monde, parce que les enfants attendaient le match), je me suis assise dans un recoin, et j’ai essayé de m’absorber dans le match.

J’étais à moitié là, et à moitié dans un brouillard cotonneux, mes muscles douloureux d’avoir été tendus, et avec aussi la honte de ce qui s’était passé, le malaise de ne pas pouvoir expliquer la situation à mes enfants (surtout parce que je ne pouvais pas, sur le moment), de voir tout le monde faire en quelque sorte comme si de rien n’était…

J’ai évité le plus possible de regarder qui que ce soit, de parler. Mais la vie est là, et quand un petit garçon de 3 ans vous pose une question ou vous fait un câlin, vous ne pouvez pas ne pas répondre… Alors vous faites l’effort.

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Une fois le match fini, il était déjà tard. Je me suis levée, et j’ai préparé le repas. J’ai fait au plus simple, j’ai réchauffé une soupe. Mais rien que ça était un effort considérable alors que je n’avais qu’une envie : me blottir sous ma couette avec un bouquin, et du silence. J’ai entouré les enfants pour qu’ils se lavent les mains, viennent à table, mangent, puis aillent se mettre en pyjama et au lit.

Je me suis occupée du petit dernier, je l’ai mis en pyjama, je l’ai couché, et je suis restée avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. C’est le plus souvent mon mari qui s’occupe de ça, parce que le soir je suis épuisée. Mais là, je ne sais pas pourquoi, il m’a laissée faire… Je n’ai pas compris, et je lui en ai voulu. Je suis certaine qu’il n’a pas voulu me mettre dans une situation difficile, mais j’aurais tellement voulu qu’il prenne soin de moi en prenant la main, en gérant tout ça.

Une fois le petit endormi, je suis allée me coucher, directement. J’avais besoin d’être seule, de m’absorber dans autre chose que la douleur, d’oublier le brouillard qui restait là, comme le petit nuage noir au-dessus de la tête dans les B.D. ou les dessins animés… Je sais que mon mari a été déstabilisé que je monte directement, mais je n’avais pas la force de lui expliquer.

Ce matin, ça ne va pas mieux. Je reste un peu sur les nerfs, fatiguée et je conserve cette impression de malaise. J’aurais eu besoin d’une journée off, rester au lit, ou concentrée sur un de mes intérêts particuliers, dans le silence, sans sollicitation.

Mais ce n’est pas ce qui va se passer. J’ai assuré le démarrage ce matin, parce que mon mari se rendait au culte avec les 3 plus grands, j’ai donné mon avis sur les tenues, rappelé qu’il fallait se brosser les cheveux, mettre les bonnes chaussettes, et je suis restée ensuite avec notre petit… J’ai tout de même réussi à expliquer aux enfants que je n’étais pas en colère, juste très fatiguée, et qu’ils n’y étaient pour rien.

Là, il est midi, je vais préparer le repas, pour que ce soit prêt quand ils vont rentrer. Et le reste de la journée ? Je ne sais pas, mais je n’aurai probablement pas la solitude qu’il me faudrait. Soyons honnête, si je l’avais, je culpabiliserais sans doute (oui, c’est compliqué dans ma tête…), mais pour récupérer plus vite de ce meltdown, c’est vraiment de ça que j’aurais besoin.

On fait comme on peut, alors je vais prendre sur moi, et tout ça va mettre un peu plus de temps à rentrer dans l’ordre. Je ferai avec. Mais je vais devoir être vigilante, aujourd’hui, et probablement demain, pour ne pas me charger, risquer avec le stress de me sentir agressée, ou de paniquer. Je vais avoir besoin de me rassurer et de me donner des repères, pour que tout soit un peu moins inconfortable.

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C’est ça, une vie d’adulte autiste, qui a une famille et un boulot. Faire avec, ne pas avoir totalement la possibilité de s’écouter, de se couper du monde et de ce qui pèse. Continuer à avancer, malgré tout, et faire de son mieux pour que, lorsqu’on craque, il y ait le moins de conséquences possible.

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